La cathédrale de Trèves - église épiscopale depuis 1700 ans
Selon des sources remontant au Moyen-Age, Hélène, mère de l´empereur Constantin, aurait fait don de sa maison à l´évêque trévirois Agritius pour la transformer en église épiscopale : les fouilles archéologiques ont effectivement révélé la présence sous la cathédrale d´une maison d´habitation, dont on a restauré un plafond peint d´environ 70 mètres carré (cette fresque est actuellement conservée au musée épiscopal).
Dernier tiers du 3ème siècle : il existait à Trèves une communauté chrétienne dirigée par les premiers évêques, Eucharius, Valerius et Maternus. On suppose que leur église se trouve à l´intérieur des murs de la cité.
311 / 313 : l´Edit de tolérance accordait aux Chrétiens la liberté de religion.
310 - 329 : l´évêque Agritius (dont on fait mention pour la première fois en 314) fit construire une première grande basilique (dont les vestiges sont ouverts au public sous les locaux du Dom-Information).
329 - 346 : l´évêque Maximin (329 - 346) agrandit cette église en un monumental complexe composé de 4 basiliques, d´un baptistère et de nombreuses dépendances. Le centre religieux de Trèves comptait alors parmi les plus grandes installations ecclésiastiques du 4ème siècle.
A partir de 340 : construction du « bâtiment carré « , dont les murs extérieurs constituent encore maintenant le noyeau de la cathédrale.
1ère moitié du 5ème siècle : importantes dégradations de la cathédrale dues aux grandes invasions barbares.
Moitié du 6ème siècle : l´évêque Nicetius (526 - 561) fait reconstruire par des architectes italiens le « bâtiment carré« et des parties de l´église nord.
882 : importantes dégradations de la cathédrale dues aux Normands.
989/990 : l´archevêque Egbert (977 -993) fait recouvrir les 2 colonnes-nord de croisée du transept, reconstruites sous Nicetius, par des piliers cruciformes.
1030-1047 : sous l´archevêque Poppo von Babenberg (+ 1047) et ses successeurs, rénovation de l´église épiscopale, y compris des cryptes et de la façade ouest.
Le choeur érigé en fin d´époque romane ( inauguré en 1196 ) avec sa crypte fut accolé à la paroi est du « bâtiment carré« ; la cathédrale fut par la suite dotée d´un système de vôutes.
Aux alentours de 1235-1260/1270 : construction de l´église Notre-Dame sur les vestiges de l´antique église sud rasée. Le cloître date lui aussi de cette époque.
1307-1354 : l´archevêque Baudoin (+ 1354) fait surélever les deux tours est de la cathédrale.
D´importants éléments de l´église du Moyen-Age ont été conservés, tels que des grilles du choeur, des monuments funéraires et des sculptures. Les tombeaux indiquent que depuis le Moyen-Age la cathédrale est le lieu de sépulture des évêques de Trêves.
1515 : surélévation de la tour sud-ouest.
1664-1668 : à la fin de la guerre de Trente Ans l´archevêque Carl Caspar von der Leyen
(+ 1676) commence à restaurer le choeur ouest (intérieur) dans le style baroque.
1687-1699 : Johann Hugo von Orsbeck (+ 1711) fait construire dans le choeur est le devant de la chapelle de la Sainte- Tunique.
1702-1708 : « la chambre sacrée« est ajoutée en amont du choeur est pour y conserver la Sainte-Tunique, relique la plus précieuse de la cathédrale.
19ème siècle : début d´importants travaux de rénovation de la cathédrale, qui avaient à l´origine pour but de lui restituer son aspect médiéval.
20ème siècle : entre 1960 et 1974, derniers grands travaux de restauration de la cathédrale en même temps qu´un réaménagement de l´espace autel conformément à la constitution liturgique du Concile de Vatican II.
1er mai 1974 : consécration du nouvel autel et remise en service de la cathédrale.
La cathédrale de Trèves et la Sainte Tunique : lieu de pèlerinage important.
La relique la plus précieuse de la cathédrale de Trèves est la Sainte Tunique, la tunique du Christ. On raconte qu´Hélène, mère de l´empereur, rapporta à Trèves le vêtement sans couture du Christ. C´est au XI siècle qu´on évoque pour la première fois l´existence de la Tunique Sainte, mais son histoire n´est confirmée qu´à partir du XII siècle, lorsqu´on la transfère, le 1er mai 1196, du choeur ouest au nouvel autel du choeur est.
1512 : ouverture du maître-autel sous l´archevêque Richard von Greiffenklau,
en présence de l´empereur Maximilien et premier pélerinage organisé autour de la Sainte Tunique.
Pélerinages successifs en : 1513, 1514, 1515, 1516, 1517, 1524, 1531, 1538, 1545, 1655, 1810, 1844, 1891,1933, 1959, 1996.
Depuis la rénovation de la cathédrale en 1974, la Sainte Tunique est conservée dans un reliquaire en bois datant de 1891, placé sous une vitrine en verre climatisée. Le dernier grand pélerinage de 1996 s´avéra être la fête de tous les croyants qui trouve sa continuité lors des journées organisées tous les ans sur le thème de la Sainte Tunique. La chapelle de la Sainte Tunique n´est accessible que lors de ces journées particulières, le vêtement n´est toutefois pas exposé à la vue du public. En raison des évènements passés et des mauvaises conditions de conservation, l´état originel du tissu s´est trouvé modifié par des raccommodages répétés. Il est difficile d´affirmer avec certitude qu´il s´agisse bien de la véritable Sainte Tunique. Pour un croyant la symbolique est importante : la relique renvoie à Jésus Christ lui même : son incarnation et les autres évènements de sa vie jusqu´à sa crucifixion et sa mort. La tunique entière et sans couture est également le symbole de l´unité de la Chrétienté et rappelle la force unifiante de Dieu, telle qu´elle s´exprime dans la prière tréviroise du pèlerin : « Jésus Christ, sauveur et rédempteur, aie pitié de nous et du monde entier. Pense à ta Chrétienté et rassemble ce qui est séparé. Amen«
La cathédrale de Trèves : La plus ancienne église épiscopale d´Allemagne
La cathédrale désignant une église épiscopale tire son nom du mot « cathèdre« , le siège de l´évêque qui s´y trouve. L´évêque dirige son diocèse en successeur des apôtres : pour ce qui est de la doctrine, de la liturgie et de la hiérarchie. Il célèbre avec ses prêtres et tous les croyants devant l´autel de la cathédrale les grandes messes de l´année ecclésiastique. Depuis la deuxième moitié du IIIème siècle Trèves est le siège de l´évêque. De tout temps l´évêque était entouré d´un collège de prêtres qui l´assistaient dans ses tâches. De nos jours c´est en premier lieu le chapitre, qui élit l´évêque, le conseille et célèbre les messes avec lui.
Tous les ans dans la cathédale des jeunes gens sont ordonnés prêtres par l´evêque. La semaine précédant Pâques ce dernier bénit les huiles saintes qui sont distribuées tout au long de l´année dans toutes les paroisses à des fins liturgiques. Il administre dans tout l´évêché le sacrement de la confirmation.
Depuis le Moyen-Age et jusqu´à la sécularisation au début du XIXème siècle, les archevêques de Trèves en plus de leur statut de prince-électeur étaient aussi princes temporels et en tant que tels dotés d´un pouvoir. Parmi les sept princes-électeurs de l´Ancien Empire l´évêque de Trèves, de même que ceux de Cologne et Mainz, occupèrent une place importante. Les autels-tombeaux des évêques dans la cathédrale sont autant de témoignages impressionants de ce passé mouvementé.
Parmi toutes les cathédrales au nord des Alpes celle de Trèves avec ses fondations du 4ème siècle est la plus ancienne.
La cathédrale de Trèves : sa fonction et son poids spirituel
Comme toutes les églises, la cathédrale est un lieu de culte : prières, proclamation de la parole de Dieu et cérémonie du sacrement de l´Eucharistie. L´autel ( 1 ), autour duquel se regroupe la communauté et la disposition hiérarchisée de cette dernière, peuple de Dieu, traduisent sa vocation fonctionnelle.
Les autels secondaires sont consacrés aux Saints. Ils sont regroupés autour du maître-autel et symbolisent ainsi les Saints qui se sont réunis autour du Christ.
La chemise du Christ, la Sainte Tunique ( 2 ), représente, dans le choeur est ( 3 ), l´image du Christ, chef de l´Eglise, et rappelle les souffrances et la résurrection de ce dernier.
Le choeur ouest ( 4 ) avec sa série de peintures concrétise l´achèvement du monde et la rédemption à la fin des temps. Le jubé figuratif se trouvant derrière la cathèdre ( 5 ) et représentant le Christ et les apôtres, symbolise l´Eglise en tant que rassemblement et communauté des croyants.
L´Eucharistie, célébrée sur le maître-autel, est en harmonie avec cette iconographie.
La cathédrale de Trèves : somme de 1700 ans de foi, d´histoire de l´art et d´architecture.
Malgré de nombreuses pertes survenues au cours des périodes troublées qui ont marqué notre histoire, la cathédrale est un miroir de l´histoire européenne : il est possible d´y retrouver toutes les phases de l´histoire de l´art et de l´Eglise, depuis la fin de l´antiquité jusqu´au 20ème siècle ; toutes les époques sont représentées dans ses aménagements, de l´époque romane à nos jours. La cathédrale a été considérée à travers les siècles comme la « maison d´Hélène« ce qui lui a valu d´être conservée telle quelle lors de tous les travaux de reconversion. Les époques se sont succédées en tenant compte de l´ouvrage antérieur et en le développant.
La cathédrale de Trèves : patrimoine culturel mondial depuis 1986
En raison de son importance capitale pour l´humanité, la cathédrale de Trèves et l´église Notre Dame ont été inscrites sur la liste du Patrimoine Culturel Mondial de l´Unesco en 1986.
Source : Prof. Dr.Dr. F. Ronig